17.03.2008

Marjane Satrapi - Persepolis

4096ef7fa57bf54b697ce8a103e6563f.jpgMarjane Satrapi présente son enfance sur fond d'histoire de l'Iran dans une BD en quatre parties, réunies ici en un superbe volume. L'invasion islamique tout d'abord, puis l'interminable guerre Iran-Irak, la guerre civile enfin, comme autant de traumatismes pour le peuple iranien et pour la famille de la petite Marji en particulier, dont on suit le quotidien. Les parents sont opposés au régime en place et très engagés dans ce sens, de même que beaucoup de membres de la famille. Marjane verra donc nombre des siens emprisonnés, exécutés.
Puis, à ses seize ans, ses parents décident d'envoyer Marjane loin de la guerre, en Autriche, afin qu'elle puisse étudier sans subir les réprimandes du régime. Mais le rêve n'est pas si rose pour l'adolescente déracinée. A son retour en Iran, Marjane continue ses études et se marie, mais là encore rien n'est simple.
Elle décide enfin de partir pour la France.

L'Association, 2007

Réticente à la BD, me voici totalement réconciliée avec ce genre grâce à ce chef-d'œuvre. Le dessin, très simple et très stylisé, m'a énormément plu.
L'histoire sous forme d'autobiographie est passionnante et émouvante, parfois drôle, et ne tombe jamais dans le pathos. On suit la petite histoire de la vie quotidienne d'une enfant, puis ado comme les autres qui se superpose à la Grande histoire de son pays. Ce double niveau est très bien maîtrisé et permet de dédramatiser quelque peu.
Et l'histoire de l'Iran est narrée de manière très efficace, claire et compréhensible, ce qui est toutjours un plus pour une inculte comme moi!

Avis d'Hervé, Papillon, Lo, Nicolas, Gachucha.

16.03.2008

Haruki Murakami - Kafka sur le rivage

fca9b2bba64916d9469433b56b5c8483.jpg

151dc3d6d45e4a2aaf838705fac09f91.jpgKafka, un adolescent de quinze ans, fugue de chez son père à Tokyo. Il se rend dans le Shikoku et réussit à trouver du travail dans une bibliothèque gérée par deux personnes mystérieuses, Oshima et Mlle Saeki.
Dans le même temps, Nakata, un vieil homme un peu simplet, voit sa routine bouleversée par des évènements qui l'obligeront à fuir Tokyo. Après un long périple, il arrive dans le Shikoku accompagné de Oshino. Ce jeune homme suit Nakata dans son voyage après avoir été séduit par l'étrange bonhomme lorsqu'il l'a pris en stop.
Chacun des protagonistes est alors guidé par son destin dans une fable onirique.

10/18, 2007, 637 p.

Ce roman est une merveille onirique! Le récit, qui alterne le périple de Nakata et celui de Kafka, est tout à fait prenant. L'écriture est magnifique et nous entraîne dans un autre monde, dans des mondes parallèles que je n'aurais pas soupçonnés. Les personnages sont extrêmement attachants, et j'ai particulièrement été touchée par la relation entre Oshino et Nakata qui représente vraiment la magie d'une rencontre.
Voici donc un autre Murakami qui m'a vraiment envoûtée, comme à chaque fois!

Les avis de Clochette, Black, Cécile, Yue Yin, Gachucha.

Lu dans le cadre du défi lecture le Nom de la rose

06.02.2008

Akira Yoshimura - La jeune fille suppliciée sur une étagère

294a78c122bef5aa34ed39c8dcf1b8c3.jpgDeux nouvelles.
La première donne la parole à une jeune fille de 16 ans qui vient de décéder. Des hommes proposent à ses parents une somme d'argent contre son corps. La jeune fille observe et décrit patiemment sa décomposition par des chercheurs et des étudiants, petit carré de peau par petit carré de peau, jusqu'à n'être plus qu'une carcasse vide.
Le second récit, Le sourire des pierres, confronte Eichi à Sone après des années d'éloignement. Les deux hommes étaient amis lorsqu'ils étaient enfants, et passaient beaucoup de temps dans le cimetière tout proche de chez eux. Mais un jour, le père de Sone s'était suicidé avec sa maîtresse, et le jeune garçon était parti sans donner de nouvelles. Aujourd'hui, Eichi et Sone sont dans la même université. Sone rencontre alors la soeur célibataire d'Eichi et le malaise s'installe.

Actes Sud, 2002, 141 p.

Ces deux récits brefs m'ont perturbée. Le premier par l'impassibilité de la jeune fille décédée et son sens aigu de l'observation, qui se laisse découper sans sourciller. Le second par le personnage de Sone, très mystérieux et malsain. Ces deux histoires sont reliées par le thème de la mort et donnent à réfléchir... La séparation du corps et de l'âme, le deuil, le suicide, la fertilité sont autant de sujets abordés dans une écriture magnifique et m'ont tout simplement envoûtée.

Les critiques de En noir et bleu et Papillon

02.01.2008

Galsan Tschinag - Dojnaa

Dojnaa est fille de l'Elephant, prestigieux lutteur et chasseur. Elle-même est une chasseuse de choix, mais elle se marie, sans le vouloir vraiment avec Doormak, un homme violent et désagréable qui ne la respecte pas du tout. En effet, Dojnaa est grande de taille et a beaucoup de force, bien plus que son mari. Et cela ne fait qu'attiser la haine de Doormak envers son épouse. Les enfants naissent l'un après l'autre, peu vivent.
Un jour, Doormak abandonne Dojnaa. Elle est alors forcée de se remettre à chasser pour assurer la subsistance de ses enfants. Toute la force mentale et physique de cette femme se déploie alors, et celle-ci se montre bien plus forte que la plupart des hommes qu'elle côtoie.

Philippe Picquier Poche, 2006, 187 p.

Dans la steppe de Mongolie, on suite cette famille vivant dans sa yourte. La femme au service d'un mari méprisant, le mari de toute évidence très malheureux, ces personnages n'ont pas une vie très gaie.
Mais la force que possède Dojnaa est époustouflante et c'est dans les magnifiques descriptions des scènes de chasse que ressort cette force qui lui permet de surmonter les humiliations.
L'écriture, d'une beauté brute, met en relief la splendeur des paysages mongols, entre steppe et montagne, et les difficiles rapports humains dans ces tribus où il semble difficile d'exprimer ses émotions.
Une très belle découverte qui m'a permise de m'intéresser à la Mongolie et à ses traditions.

Galsan Tschinag a grandi dans une famille d'éleveurs nomades en Mongolie où il habite aujourd'hui. Après des études en Allemagne, il devient romancier et oeuvre pour la défense des coutumes du peuple mongol nomade.

27.12.2007

Aki Shimazaki - Wasurenagusa

0b61c05365f9a71894f1fda0baac28cd.jpgKenji Takahashi est l'héritier d'une famille prestigieuse de Tokyo. Il se doit donc de perpétuer la lignée, comme le veut la tradition. Seulement, un premier mariage l'a fait se rendre compte qu'il est stérile. Après son divorce devenu obligatoire, ses parents le pressent de se trouver une nouvelle épouse afin qu'ils puissent procréer. En effet, ils ne peuvent pas imaginer une seconde que c'est leur fils qui est stérile. Kenji continue donc à vivre avec son lourd secret.
Il rencontre alors Mariko, une orpheline mère de Yukio, dont le père est inconnu. Kenji tombe immédiatement amoureux de Mariko, mais comment pourrait-il épouser une fille-mère issue d'une famille modeste? Kenji décide de braver la tradition et épouse Mariko, puis adopte Yukio. Mais le prix à payer est une rupture définitive avec ses parents.

Actes Sud, 2003, 123 p.

C'est magnifique, une fois de plus. Aki Shimazaki réussit encore à nous ensorceler, dans ce quatrième livre de la suite "Le poids des secrets". Subtile et délicate écriture, qui retranscrit très bien les sentiments contradictoires de M. Takahashi. Désir, culpabilité, soif de liberté et de rompre avec des traditions irréalistes.
C'est vraiment superbe et j'ai envie de lire Hamaguri, Tsubame et Hotaru, après avoir déjà lu le premier, Tsubaki.

01.11.2007

Anita Nair - Compartiment pour dames

f8dc649027b081c61cc216b1d498990b.jpg


109a84268ca9fa86b9244fcdeebb5d23.jpgAkhila prend le train car elle a besoin de se retrouver, de réfléchir à sa vie. Elle n'est pas mariée à plus de 40 ans, ayant dû s'occuper de sa famille depuis la mort de son père. Et les femmes célibataires, dans la société où elle vit, n'ont d'autre rôle que de s'occuper de leur famille et ne sont pas censées avoir une vie propre. Dans ce compartiment de train, elle croise plusieurs femmes qui ont chacune leur histoire et qui la leur racontent tour à tour. Leur destin de femmes - mariées pour la plupart - est-il réellement plus enviable que celui d'Akhila? Ces récits entrcroisés vont plutôt la conforter dans son idée de prendre sa vie en main et de réaliser ses désirs, sans tenir compte de l'avis des autres.

Philippe Picquier, 2004, 449 p.

Ce roman n'est pas très joyeux! Mais comment pourrait-il l'être lorsqu'on découvre le destin de ces femmes qui n'ont pas la moindre possibilité d'exprimer leur fantaisie et leurs désirs? Assujetties aux hommes de la famille - mari, frères ou oncles - leur rôle est primordial mais se limite à faire le ménage, la nourriture et élever les enfants. Leur personnalité est annihilée par la mentalité ambiante qui ne leur donne pas la parole et peu de libertés. Le pire est que la plupart ont tellement intégré ce système qu'elle ne viendraient jamais à se plaindre ou à se rebeller, mais leur joie de vivre initiale est bien vite rattrapée par la désillusion du mariage.
Voici donc un roman un peu triste, mais qui met en lumière le parcours de femmes impressionnantes qui trouvent malgré leur condition la force de continuer à rêver ou, pour certaines, d'agir. Ce roman permet également de faire une plongée en Inde, ce pays intrigant qui se dévoile un peu dans ces pages. Les descriptions culinaires sont magnifiques et les personnages très intéressants. Bref, j'ai beaucoup apprécié malgré la mélancolie qui transparaît.
Seconde expérience très réussie pour la lecture commune du club lecture des bloggeurs! Pour découvrir les avis des autres participants au Club : chez Sylire ou Lisa que je félicite et remercie pour l'organisation!

30.09.2007

Mariko Koike - Le chat dans le cercueil

ebbf8c6b010d7d39c0a353adae9797c3.jpgHariu est engagée comme professeure particulière auprès de Momoko, fille de Gôro, un professeur de peinture veuf. En échange, celui-ci lui donne des cours particuliers de peinture, qui est la passion de Hariu. Le trio est complété par Lala, la chatte adorée de Momoko. Mais la quiétude de la maisonnée est dérangée par l'arrivée de Chinatsu, une superbe femme qui est la nouvelle petite amie de Gôro. Hariu est très jalouse de celle-ci car elle est secrètement amoureuse du peintre. Quant à Momoko, elle peine également à accepter Chinatsu et reporte son affection sur Hariu. Toutes ces jalousies et ces rancoeurs non-dites vont mener à des événements dramatiques.

Picquier Poche, 2002, 206 p.

Sous des airs de petite histoire toute innocente, ce roman raconte un drame psychologique qui hérisse le poil. Après un début gentillet, la tension va crescendo jusqu'à en devenir insoutenable. On étouffe dans cette maison où rien ne se dit mais où tout se joue.
Mis à part ce scénario très prenant, l'écriture est joliment fluide et très claire, ce récit se lit donc très vite. Je ne connaissais pas Mariko Koike mais il semble qu'elle ait écrit des romans policiers que j'aimerais bien essayer.

21.09.2007

Sélection japonaise

J'ai réussi à trimballer mon compagnon à la Fureur de lire, manifestation genevoise consacrée à la littérature. Cette année, le thème en est la littérature d'Extrême-Orient, et on peut y rencontrer des écrivains prestigieux comme Mo Yan et Dai Sijie.
En passant au stand des libraires, nous n'avons pu nous empêcher d'acheter quelques livres de chez Philippe Picquier :

ECSTASY de MURAKAMI Ryû5dca21664ae142c78c4c93a2e1198852.jpg






PARASITES de MURAKAMI Ryû
7259d1e0dbecb9a59b90fad99cfc9ea4.jpg








LE CHAT DANS LE CERCUEIL de KOIKE Mariko (policier)9dff6ca0da9f67ac83ded8884924c39e.jpg

choisis par mon copain, et :






KAIRO de KUROSAWA Kiyoshi015d2fb2ff0fb5d404b66f3d2a89c8d4.jpg

de mon choix! Il s'agit d'un roman fantastique...

Je me réjouis de découvrir tout cela... même si ça a plutôt tendance à me décourager en ce qui concerne ma PAL!

--> Découvrez le beau programme de la Fureur de lire : http://www.ville-ge.ch/culture/fureur/

08.08.2007

Natsuo Kirino - Disparitions

de899bf67456e3eb4a75357e3dcdce5e.jpgLorsqu'elle a atteint sa majorité, Kasumi a fui le domicile de ses parents pour partir à la découverte de la vie, c'est-à-dire à Tokyo. Elle ne leur a jamais donné de nouvelles, et ils ne l'ont jamais recherchée. A présent, elle est mariée et a deux enfants. Ainsi qu'un amant, Ishyama, un client de son mari. Leur passion grandissant, ils décident de passer un week-end de villégiature dans la maison de vacances d'Ishyama et son épouse. Les deux familles sont alors réunies, et les amoureux en profitent pour se voir en cachette.
Mais le drame survient lorsque Yuka, la fille aînée de Kasumi, se fait enlever devant la maison. Aucun témoin, aucun indice, et voici des années de cauchemar qui commencent pour Kasumi. Une nouvelle vie commence alors pour la jeune femme, enfermée dans un espoir et un chagrin auxquels seule la quête ininterrompue de son enfant peut donner un sens.

10/18, 2004, 509 p.

Disparitions parle de culpabilité, de liberté, de notre rapport à la mort. Les personnages ont pour la plupart une double personnalité, et évoluent énormément au cours du récit, ce qui les rend intéressants, mais également intrigants. Ainsi, je n'ai jamais réussi à cerner Kasumi, cette femme énigmatique, à la fois fragile et très forte. Je n'ai donc pas pu m'émouvoir de ses malheurs. Ce roman m'a donc plu dans son ensemble, que ce soit son atmosphère, le scénario ou ses protagonistes. Mais un arrière-goût bizarre me reste après l'avoir refermé, que je n'arrive pas à expliquer.

02.01.2007

Mathématiques et baseball

medium_ogawa_formule.jpgUne jeune maman célibataire est engagée comme aide-ménagère chez un vieux professeur de mathématiques privé de mémoire immédiate suite à un grave accident. Il ne se souvient que des dernières 80 minutes ainsi que de tout ce qui précède son accident. Lorsqu'il apprend que le jeune femme a un fils de 10 ans, le professeur lui demande de l'amener, et commence alors une très belle histoire d'amitié entre ces trois êtres.

Yoko Ogawa, La formule préférée du professeur. Actes Sud, 2005, 246 p.

Cette histoire simple et très belle m'a enchantée. Cette relation entre trois générations, basée sur un profond respect, m'a beaucoup plu. Le professeur réussit à transmettre sa passion des nombres à la femme et à son fils, en toute simplicité, sans jamais humilier leur ignorance, encourageant leur intuition. Le jeune garçon, passionné par le baseball, leur fait partager ce hobby. La maman se fait un honneur de rendre la vie plus facile au vieil homme qui toutes les 80 minutes ne sait plus qui est face à lui, et joue le jeu sans jamais perdre patience.
Quant au style, il est superbe! Ogawa met une poésie dans les mathématiques et autres théorèmes que je n'aurais jamais soupçonnée. Pour moi, il s'agit du meilleur Ogawa.

Toutes les notes