24.10.2007
Milena Agus - Mal de pierres
La narratrice raconte la vie de sa grand-mère en Sardaigne, durant la Seconde guerre mondiale et ensuite. Cette grand-mère qu'aucun homme ne voulait épouser, qualifiée de "dérangée", et qui épousera finalement un homme sans pour autant connaître l'amour... Si ce n'est pendant une cure thermale, dans les années cinquante, au cours de laquelle elle croise le Rescapé dont elle tombera amoureuse. L'enfant viendra enfin, le père de la narratrice, qui deviendra pianiste de renom.
Liana Levi, 2006, 123 p.
Ce court roman d'une délicatesse infinie vaut la peine d'être dégusté tranquillement pour goûter pleinement la saveur des mots gorgés du soleil sarde. Milena Agus réussit en peu de pages à dresser le subtil portrait d'une femme fascinante.
Des avis plus étoffés : Clarabel, Bernard, Biblioblog, Lilly, Sylire
07:46 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : milena agus, italie, famille
24.09.2007
Lìdia Jorge - La couverture du soldat
La narratrice de ce roman est une enfant illégitime. Elle est élevée par sa mère et par Custodio, son oncle. Walter, son vrai père, assume sa réputation de canard boiteux de la famille et passe sa vie à courir le monde. Bien que personne n'ait jamais parlé ouvertement de la situation, sa fille sait donc la vérité. Et bien que ce malaise de l'enfant illégitime pèse sur la famille pendant des décennies, elle va s'ingénier à se construire un héritage composé des secrets qu'elle glâne à gauche à droite, des lettres et des dessins de son père, mais aussi - et surtout - de ses rêves et de son imagination que provoquent en elle ce père fantasque et mystérieux.
Métailié, 1999, 201 p.
Ce roman bref et fort m'a beaucoup impressionnée.
La force de la fille de Walter, qui parvient à se préserver des rumeurs malveillantes circulant sur son père pour se construire une identité, est incroyable. Cette thématique de l'enfant illégitime est traitée sous un angle subtil. La plume de Lìdia Jorge est de plus magnifique, il vaut donc vraiment la peine de découvrir cette auteure.
22:37 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : portugal, lìdia jorge
01.09.2007
Elsa Osorio - Luz ou le temps sauvage

Ce roman a pour toile de fond la "Guerre sale" qui a eu lieu en 1976 en Argentine, faisant plus de 30'000 morts. On les appelle les "disparus".Luz, aujourd'hui âgée d'une vingtaine d'années, a été volée à sa naissance par son grand-père, un ponte de l'armée de l'époque, pour remplacer le bébé mort de sa mère "adoptive" qui ne l'a su que bien plus tard. Elsa Osorio nous fait tour à tour découvrir le combat d'Eduardo, le père "adoptif" qui s'en est voulu toute sa vie, et de Miriam, une femme de militaire qui s'est occupée de Luz et de sa vraie maman avant l'enlèvement de la petite fille. Le récit nous entraîne alors dans les horreurs de cette guerre et dans la recherche désespérée de la vérité d'un drame qui n'en est qu'un parmi tant d'autres qu'ont provoqué cette guerre.
Métailié, 2000, 351 p.
Merci Sylire et Lisa, les initiatrices de la relance du Club de lecture des bloggeuses! Vous m'avez fait découvrir un très beau roman que je n'aurais peut être pas choisi spontanément.
J'ai beaucoup apprécié l'histoire, une histoire dure mais narrée à un rythme qui la rend captivante. Un véritable thriller, avec en arrière-fond le passé politique de l'Argentine, ce qui, je dois l'admettre, m'a appris énormément de choses sur ce pays que je ne connais pas du tout.
L'écriture est également très belle, le ton tranchant et passionné de Luz, de Miriam et d'Eduardo m'a vraiment emballée. Mais étonnamment, malgré l'aspect très triste de l'histoire de Luz, je n'ai pas été spécialement bouleversée. Je crois que Elsa Osorio ne voulait pas faire dans le mélo et c'est très réussi.
Deux remarques :
- Dans un premier temps, j'ai eu beaucoup de peine à comprendre qui était qui, etc., et il faut dire que le quatrième de couverture m'a plus embrouillée qu'autre chose! D'ailleurs mon résumé ci-dessus me semble tout aussi incompréhensible!
- Un détail m'a un peu gâché la lecture : le nombre de fautes d'orthographe, qui m'a vraiment choquée!
Découvrez les commentaires des autres participants du Club de lecture chez Sylire!
11:15 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : argentine, elsa osorio
21.08.2007
Stefano Benni - Saltatempo
Saltatempo raconte sa vie d'enfant dans un petit village italien du milieu des années cinquante. Un matin, il rencontre un Dieu qui lui offre une bimontre qui lui permet de se transposer dans l'avenir et dans le passé. Ce qu'il voit ne le réjouit pas. Les années défilent, et la promotion immobilière vient détruire la nature au sein du village, au profit d'une autoroute et de zones villas.
Puis Saltatempo entre au lycée dans la ville proche. Il connaît ses premiers vrais émois amoureux et politiques : on arrive en 1968. Mais la vie en ville ne fait pas oublier son village à Saltatempo, qui y retourne fréquemment. Les dissensions entre les villageois sont de plus en plus fortes, et Saltatempo reste impuissant à tout cela. Vengera-t-il finalement les vieux du village qui ont vu celui-ci se désagréger sous leurs yeux?
Actes Sud, 2003, 414 p.
J'ai fait ici une belle découverte!
Stefano Benni écrit de manière délicate et drôle, et le récit de ce petit garçon sensible et fantaisiste qui peu à peu découvre les joies et désillusions de la vie m'a vraiment emballée. A cheval entre fable et fresque sociale, je ne me suis pas ennuyée un instant!
Voici un autre avis, celui de Sibylline.
19:03 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : stefano benni, saltatempo, italie
01.08.2007
Luigi Guarnieri - La double vie de Vermeer
Me voici de retour de vacances, avec quelques livres à chroniquer... Je commence par le dernier que j'ai lu, puis suivront un Indridason et un Murakami, dévorés début juillet.
Dans ce roman à tendance documentaire, Guarnieri narre le destin extraordinaire de Han Van Meegeren, un faussaire du grand peintre du XVIIe Vermeer, ayant réellement existé au vingtième siècle. Extraordinaire, car Van Meegeren, peintre raté sali par les critiques d'art, décide de se venger de ceux-ci en montant un coup de maître pour les humilier. Il va réaliser LE Vermeer dont tous les spécialistes savent qu'il existe certainement mais que personne n'a encore trouvé, puis en clamer sa paternité. Mais produire une toile qui paraisse dater du 17e siècle est très difficile et cela demande des années de préparation au faussaire. Le plan se déroule à merveille, si bien qu'il décide de ne pas révéler la vérité et de produire d'autres oeuvres de grands maîtres.
Actes Sud/Babel, 2007, 227 p.
Ce livre très original m'a énormément plu. La démarche de Guarnieri, parti d'un fait réel puis largement documenté pour ensuite en faire un roman, est passionnante. Et le questionnement induit par le plan du faussaire donne à réflexion : qu'est-ce qui donne sa valeur à une oeuvre d'art? Suffit-il qu'elle soit réalisée par un artiste reconnu pour être qualifiée d'extraordinaire? Quel rôle jouent les critiques d'art? Bref, une lecture très originale et instructive. Mais il est vrai qu'il ne m'a pas été toujours facile de m'y plonger, car le texte est très documenté par des explications de techniques picturales. Pas une lecture vraiment détente, en fait!
18:30 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : luigi guarnieri, double vie de vermeer, italie
08.04.2007
Albert Sanchez Piñol - La peau froide
Un homme arrive sur une île reculée et déserte de l'Atlantique Sud. Il s'est engagé en tant que climatologue pour une mission d'observation d'une année. Fuyant l'humanité, se fuyant lui-même, le climatologue est pourtant bien vite confronté à l'altérité : chaque nuit, une horde de monstres venus de la mer, l'attaque, et tente de le tuer. Il se réfugie alors dans le phare de l'île, où se trouve Batis, le climatologue précédent. A deux, la défense est plus facile. Mais qui sont vraiment ces monstres? Monstres? Il semble pourtant bien qu'ils éprouvent certaines émotions, à observer la jeune "femme monstre" qui vit avec eux dans le phare...
Albert Sanchez Piñol, La peau froide. Actes Sud, 2004, 262 p.
J'ai trouvé ce livre magnifique et plein d'intelligence. La relation à l'autre, la peur de l'autre, est très justement symbolisée par la relation entre le climatologue, plutôt humaniste et son prédécesseur - homme sans émotions et cruel. Relation également entre les climatologues et les monstres, qui passe par la haine et la guerre, avant de se nuancer en une observation fascinée. La limite entre raison et folie, solitude et groupe, jour et nuit, sont autant de métaphores suggérées par ce très beau roman. Tout cela dans le cadre fascinant de cette île, d'où les deux hommes pressentent qu'ils ne reviendront pas.
Citations
"Nous ne sommes jamais très loin de ceux que nous détestons. Pour cette même raison, nous pourrions donc croire que nous ne serons jamais au plus près de ceux que nous aimons."(p. 9)
"Mais le paysage qu'un homme voit, les yeux tournés vers l'extérieur, est généralement le reflet de ce qu'il cache, les yeux à l'intérieur." (p. 24)
Voir la très belle critique d'Estampilles.
11:35 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : albert sanchez pinol, peau froide, espagne
27.12.2006
Antonio Muñoz Molina - Pleine lune
Une petite ville d'Andalousie à l'aube de l'hiver. Une petite fille qui se fait sauvagement assassiner. La ville en émoi... Voici en gros le décor. Un inspecteur, récemment muté du Pays basque, doit retrouver le meurtrier, et est obsédé par cette quête. Le récit se construit alors, mais n'est pas axé sur l'enquête, plutôt sur les quelques personnages clés du roman : l'inspecteur, dont on ne connait pas le nom ; Susanna, l'institutrice ; le prêtre ; le médecin légiste et sa solitude, et bien sûr, l'assassin. Ces personnages, Molina en explore les moindres recoins, et ils sont les acteurs d'un récit envoûtant.
Antonio Muñoz Molina, Pleine lune. Seuil/Points, 1998, 438 p.
Il m'a fallu beaucoup de temps, au moins 100 pages, pour entrer dans l'histoire. Cela est certainement dû à l'écriture de Molina : extrêmement détaillée, des phrases très longues, un récit très lent, que je trouvais difficile à appréhender. Mais passé ce temps d'adaptation, je me suis trouvée happée par l'histoire, me suis passionnée pour ce récit qui, sous de faux airs de roman policier, explore des personnages ambigus, certains mélancoliques, d'autres pétris de haine et de rancoeur. Cette Andalousie grise, froide et pluvieuse (pas exactement l'Andalousie comme je me l'imaginais...) est déroutante et créé une véritable atmosphère.
17:21 Publié dans Littérature latine, Polars | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : espagne, andalousie
03.12.2006
Luis Sepùlveda - Le vieux qui lisait des romans d'amour
Cette histoire se passe à El Idilio, un village de la jungle amazonienne équatorienne. Cette terre, envahie par les colons chercheurs d'or, voit se côtoyer les indiens Shuars et Jivaros , les plus grands connaisseurs de la forêt, avec des "gringos" - les étrangers, et quelques immigrés d'autres régions du pays. Comme Antonio José Bolivar, le vieux qui lisait des romans d'amour. Emigré de terres trop arides, il a appris à connaître la forêt mieux que quiconque au village - grâce aux Shuars qui l'ont pris en affection. Un jour, par hasard, Antonio découvre qu'il sait lire - et qu'il aime cela. Il se fait alors apporter des romans d'amour - son genre préféré - et lit, accoudé à la table haute de sa cabane. Après plusieurs personnes retrouvées mortes tuées par un ocelot, félin de la forêt, Antonio est chargé par le maire d'éliminer la bête. Là s'engage entre l'animal et l'homme un combat placé sous le signe du respect.
Luis Sepùlveda - Le vieux qui lisait des romans d'amour. Métailié/Points, 1992, 129 p.
Ce livre est une pure merveille! Je me suis sentie envoutée par ce récit magnifique, très poétique et émouvant. Les personnages sont superbes, à commencer par le héros, mais les autres sont intéressants aussi, que ce soit l'ignoble maire ou le dentiste. Les thèmes de la lecture - amour irrésistible des livres par ce vieil homme, celui de l'environnement, l'emprise de l'homme sur l'animal, le non-respect des rythmes de la nature, des codes de la forêt, qui se paient cash, où encore le non-respect des autochtones par les visiteurs, ces thèmes sont tous imbriqués ici d'une façon très belle. L'atmosphère est également envoutante, on se croirait réellement sous cette pluie, dans cette humidité permanente de la jungle amazonienne. Bref, Sepùlveda réussit, en 130 pages, à offrir un récit d'une densité rare.
17:45 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : environnement, sepulveda
16.11.2006
Lucia Etxebarria - Amour, Prozac et autres curiosités
Cristina, serveuse dans un bar branché, est brune, fougueuse, aime le sexe et la drogue. Sa soeur Rosa consacre sa vie à son travail. Occupant un poste de directrice, elle ne prend plus de temps pour sa vie privée. Ana, elle, est la parfaite femme au foyer et épouse. Elle bichonne sa maison, et passe ses journées à nettoyer et à affiner la déco. Cependant, aucune d'entre elles n'est heureuse.
Lucía Etxebarría, Amour, Prozac et autres curiosités. 10/18, 1999, 281 p.
Un moment très agréable! Les 3 femmes sont attachantes, malgré (grâce à?) leurs névroses respectives. Il y a des moments très drôles, d'autres touchants. Les protagonistes prennent la parole à tour de rôle, pour parler de leurs problèmes mais aussi pour poser le décor de leur enfance. Et l'on découvre que chacun conserve ses blessures secrètes... Les 3 soeurs, malgré leurs évidentes différences, se rendent peu à peu compte qu'elles ont finalement de nombreux points communs. Je retrouve l'ambiance des romans de Etxebarría, sex, drug et prozac. Un petit air d'Almodovar version écrite! Il me reste à découvrir Beatriz et les corps célestes...
07:55 Publié dans Littérature latine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, madrid, lucía etxebarría
12.09.2006
Francisco José Viegas - Les deux eaux de la mer
Un homme et une femme sont retrouvés morts simultanément, l'un en Espagne, l'autre au Portugal. En apparence, rien ne les relie. Mais peu à peu, il s'avère que les choses ne sont pas si simples.
Francisco José Viegas, Les deux eaux de la mer. Albin Michel, 2005, 415 p.
Lenteur. Mélancolie. Poésie. Ce polar est tout sauf conventionnel. En effet, une très grande place est donnée à la vie et aux états d'âme des deux enquêteurs, alors que l'intrigue se dénoue lentement, par petites touches successives. Elle est comme diluée dans la narration. Pas de suspense haletant, donc. Mais un magnifique polar littéraire et poétique, sur fond de mélancolie. L'écriture est vraiment superbe, certains passages - culinaires par exemples - m'ont plongée dans une ambiance telle que je me croyais presque partie prenante de la scène! Francisco José Viegas est donc un auteur dont je me promets de suivre de près les prochaines parutions!
21:46 Publié dans Littérature latine, Polars | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : francisco josé viegas, les deux eaux de la mer, roman policier, portugal

