12.05.2008
Pascal Mercier - Train de nuit pour Lisbonne
Raimund Gregorius est enseignant dans un lycée à Berne. Passionné de langues anciennes, cet érudit consacre sa vie à cette passion et à son enseignement.
Un matin, alors qu'il se rend à l'école, il rencontre sur un pont une femme très agitée qui lui inscrit un numéro de téléphone sur le front. Cette femme est portugaise. Raimund a alors une révélation et quitte le lycée dans la matinée, pour ne plus jamais y revenir, à la consternation de tous.
Il décide alors d'apprendre le portugais et en fouinant dans une librairie, il découvre un étrange petit livre d'un certain Amadeu del Prado, un portugais qui livre ses réfléxions sur la vie. Fasciné, Raimund part alors pour Lisbonne à la découverte de cet homme étrange - et de lui-même.
10/18, 2008, 511 p.
J'ai été complètement emballée par ce récit hors du commun, dense et érudit. Je me suis totalement passionnée par la biographie d'Amadeu del Prado, mais plus encore pour la démarche de Raimund Gregorius. Car la quête effrénée du bernois pour cet homme à présent décédé a en soi quelque chose de fascinant, et pose énormément de questions sur le sens de sa propre vie. L'idée de tout abandonner pour un inconnu philosophe est tout de même incroyable et paraît tout aussi folle aux yeux de Raimund lui-même. Mais dans le feu de l'action, cela semble logique, évident.
Les rencontres qui jalonnent l'enquête de Raimund à Lisbonne, et les découvertes qu'il fait sur Amadeu sont passionnantes et amènent à vouloir en savoir toujours plus sur ce personnage très spécial au destin remarquable.
L'écriture de Pascal Mercier m'a beaucoup plu, il a un très beau style qui donne vraiment envie d'en découvrir plus. Je crois qu'un autre de ses romans est en cours de traduction?
Sophie a adoré, de même que Dda du Biblioblog.
09:50 Publié dans Littérature germanophone | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : pascal mercier, lisbonne, suisse
13.02.2008
Urs Widmer - Le livre de mon père
Urs Widmer raconte l'histoire de son père, après avoir réalisé la biographie de sa mère dans L'homme que ma mère a aimé. De l'enfance de son père, au début du vingtième siècle, dans une ville suisse (il me semble avoir reconnu Bâle, sans certitude), jalonnée de rites de passages. Ainsi la visite au village de ses parents, perdu dans la campagne, qu'il atteint après des heures de marche, et ce qu'il y attend, à savoir la remise par les villageois de son livre blanc personnel, dans lequel il devra écrire ses mémoires.
La rencontre avec sa femme Clara étant jeune adulte, l'emménagement dans une maison d'architecte, puis la Guerre où il doit servir comme soldat. La période de militantisme communiste ensuite, enfin la retraite douloureuse.
Folio/Gallimard, 2007, 263 p.
Cette biographie de son père, Urs Widmer la rend passionnante, émouvante et drôle, sans pour autant qu'il cherche à embellir le personnage. Au contraire, l'homme est montré avec ses travers et ses faiblesses, le père est lointain avec son fils et parfois cruel avec sa femme. Mais ce portrait d'une vie montre très bien la vie en Suisse au début de vingtième siècle et après la guerre, il est le reflet d'un milieu social et d'une époque et en devient ainsi un récit universel.
En tant que suissesse romande, j'ai trouvé très intéressant ce point de vue suisse allemand qui a contribué à me faire connaître nos voisins suisse allemands que je connais si mal. Il vaut la peine de commencer par L'homme que ma mère a aimé pour continuer avec celui-ci.
08:17 Publié dans Littérature germanophone | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : urs widmer, suisse
17.09.2007
Jacques Neirynck - La mort de Pierre Curie
En ce début de XXème siècle, Raoul de Mézières est conseiller à l'Elysée. Le président Fallières lui confie la mission de faire la lumière sur les circonstances exactes de la mort de Pierre Curie, le renommé scientifique. Très rapidement, Raoul, flanqué de son fidèle et sarcastique serviteur Arsène Champigny, découvre de nombreux points obscurs. L'enquête doit être menée dans la plus grande discrétion, ce qui ne fait qu'ajouter à sa difficulté. Raoul est également chargé d'enquêter sur Marie Curie, la veuve de Pierre, afin d'écarter tout soupçon sur une possible entreprise d'espionnage de sa part, et d'établir la vérité sur ses prétendues origines juives. Car en cette époque de montée des nationalismes, il vaut mieux calmer les esprits et ménager les susceptibilités. Lourde tâche, donc, qui s'annonce pour Raoul de Mézières.
10/18, 2007, 236 p.
Nouvelle agréable découverte dans la fameuse série des Grands détectives!
Les dessous tortueux de la politique du début du XXème siècle sont habilement décrits par Jacques Neirynck. Entre républicains convaincus par le nouveau régime et royalistes nostalgiques, on peut déjà entrevoir les tensions nationalistes précédant la Première Guerre Mondiale. Les logiques floues régnant sur le monde scientifique et l'arrivée des femmes à l'université sont d'autres thématiques bien intégrées dans ce roman. Quant à l'intrigue, elle se laisse suivre aisément, sans pour autant être d'une originalité exceptionnelle. Un très bon moment!
16:43 Publié dans Littérature francophone , Polars | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : jacques neirynck, suisse
24.08.2007
Metin Arditi - La pension Marguerite
Aldo Neri, violonniste virtuose, s'apprête à donner un grand concert à Paris. Mais le jour même lui sont livrés les notes prises par sa maman durant sa psychanalyse, et qui depuis s'est suicidée. Elle y raconte sa jeunesse, puis sa vie de mère et de gouvernante de la pension Marguerite, où elle a vécu les moments forts de sa vie. Aldo lit alors compulsivement les écrits de sa maman et en est bouleversé, découvrant au fil des heures sa vie et celle de sa mère entremêlées, vues du point de vue de celle-ci. Aldo doit donner un important concert dans quelques heures seulement, mais il ne peut résister à ce qui représente à présent l'urgence de cerner les motifs du suicide de sa mère.
Actes Sud / Babel, 154 p.
Quel peine j'ai à parler de ce livre! Extrêmement fort, forcément bouleversant, j'en suis encore toute retournée. Imaginez-vous découvrir une autobiographie de votre mère, quelle émotion! Metin Arditi écrit d'une très belle plume, sachant rendre avec une grande justesse les émotions les plus indicibles. Les mélomanes seront comblés, tant la musique est ici indissociable du vécu personnel. Ceux qui sont intéressés par la psychanalyse le seront également. Je vous invite réellement, pour ceux qui ne le connaissent pas, à découvrir les romans de Metin Arditi, car ils ne vous laisseront pas indifférents. Je l'avais découvert avec L'Imprévisible et je ne compte pas m'arrêter là!
Voici une très belle critique de Florinette!
22:55 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : metin arditi, suisse
15.08.2007
Albert Cohen - Le livre de ma mère
Albert Cohen nous offre ici une longue ode à sa mère, sa mère morte. Il chante les louanges de cette maman qui s'est tout entière vouée à son fils, sa vie durant : "Elle perdait tout jugement lorsqu'il s'agissait de son fils" (p. 90).
Ce très beau récit évoque l'abnégation de la mère humble qui a tout permis et tout pardonné à son fils, et aussi tout sacrifié. Point de plaisirs inutiles pour cette mère dont seul le bien de son fils importait.
Mais l'écrivain évoque aussi ses remords d'avoir profité de l'amour absolu de sa mère, et d'avoir joui d'autres joies plus futiles : "Elle m'a attendu trois heures dans ce square. Ces trois heures, j'aurais pu les passer avec elle. Tandis qu'elle m'attendait, auréolée de patience, je préférais, imbécile et charmé, m'occuper d'une de ces poétiques demoiselles ambrées, abandonnant ainsi le grain pour l'ivraie" (p.88).
Il décrit également les regrets de n'avoir pas réalisé en son temps la valeur de cet amour, ni le caractère mortel de sa maman.
Et il est trop tard à présent : "Amour de ma mère, jamais plus."
Folio/Gallimard, 2006, 174 p.
D'une écriture magnifique, Albert Cohen décrit subtilement la force de l'amour maternel. Ce texte universel et intemporel m'a beaucoup émue, certains passages faisant écho en moi, et je suis certaine que tout enfant sera par instants touché par les paroles de l'auteur. Si vous avez, comme moi, la chance d'avoir encore votre mère bien vivante, je ne peux que vous conseiller de lire ce roman qui fait réfléchir et se rendre compte de son importance. Pour les autres, je ne sais que dire, mais je peux imaginer que le Livre de ma mère fera d'autant plus écho en vous...
Ce roman faisait partie des merveilles que Yue Yin m'a envoyées dans le colis de swap... Merci Yue Yin!
Les avis de Tamara, Hervé et Jules
18:43 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : albert cohen, livre de ma mère, suisse
25.05.2007
Markus Wagner - Langues de feu
Thomas Clarin, un jeune avocat sachant profiter de la vie, passe le week-end de Pentecôte dans son chalet du Tessin. Le premier soir, il va dîner à l'hôtel tout proche et fait connaissance de Loos, un enseignant d'une cinquantaine d'années. Tout semble séparer les deux hommes, et pourtant, Loos exerce une forte fascination sur Clarin, si bien qu'ils passent deux longues soirées à discuter passionnément des choses de la vie. Mariage, nouvelles technologies et autres grandes thématiques sont alors fiévreusement débattues. Mais le dimanche matin, c'est l'incompréhension... Qui est réellement Loos, cet homme étrange mais auquel Clarin avait fini par s'attacher?
Markus Werner, Langues de feu. Actes Sud, 2006, 189 p.
Sceptique dans un premier temps, j'ai rapidement été charmée par le style intimiste de Markus Werner. Tout d'abord, la relation mystérieuse entre les deux hommes, dont l'un est quasiment envoûté par l'autre, m'a réellement intriguée. Leur conversation, dont certains passages un peu pompeux m'ont agacée, s'avère par moments passionnante, même s'il faut s'accrocher pour en suivre le fil. Au fil des pages, on se laisse emporter par le récit duquel une tension bientôt insupportable s'échappe. Alors, je n'ai plus pu lâcher le livre jusqu'à la fin.
Bref, malgré les critiques plus que mitigées des "vrais" critiques, il s'agit là d'une vraie belle découverte pour moi, et de la confirmation qu'une littérature contemporaine suisse de qualité existe!
23:11 Publié dans Littérature germanophone | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : markus werner, suisse
13.01.2007
Metin Arditi - L'imprévisible
L'histoire se passe à Genève. Guido est un historien de l'art de renom, ancien professeur à la retraite. Il est mandaté par Anne-Catherine, une riche héritière genevoise, pour expertiser un tableau qu'elle aimerait vendre. Guido se rend rapidement compte qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre quelconque, mais qu'il pourrait s'agir d'une peinture inconnue d'un grand peintre de la Renaissance. Il entreprend alors des recherches et des analyses afin de percer son mystère. Parallèlement à cela, il se rapproche d'Anne-Catherine avec qui il entreprend une liaison fragile.
Metin Arditi, L'imprévisible. Actes Sud, 2006, 206 p.
J'ai beaucoup aimé ce roman. Déjà, le contexte dans le milieu de l'histoire de l'art m'a passionnée. J'ai appris plein de choses sur les peintres de la renaissance italienne et sur les méthodes de recherche de ce domaine. Puis, Guido, le narrateur, est très touchant. Malgré une dose irritante d'orgueil héritée de son passé de professeur adulé des étudiantes et de tombeur, il se met à nu dans toute sa fragilité d'homme vieillissant. Il parle de sa peur de décevoir Anne-Catherine, de sa culpabilité dans le cadre d'épisodes survenus dans son enfance, de sa maladresse dans sa relation avec son fils. Anne-Catherine n'a guère plus confiance en elle, et elle ne demande qu'à être aimée sans chercher plus loin. La rencontre de deux êtres qui ont du mal à croire au bonheur...
Je ne connaissais pas du tout Metin Arditi mais ce roman me pousse à aller voir plus loin dans son oeuvre.
11:31 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suisse
14.12.2006
Martin Suter - Lila, Lila
David est un jeune serveur zurichois à la vie assez monotone. Un jour, il acquiert une table de chevet dans une brocante. Lorsqu'il parvient à ouvrir le tiroir bloqué, il y découvre ce qui a tout l'air d'être un manuscrit. Il commence à le lire et en est ému. Entre temps, il tombe amoureux de Marie, une étudiante en littérature qui fréquente le bar où il travaille. Comme il ne sait pas comment réveiller son intérêt, il lui demande de jeter un coup d'oeil au manuscrit, lui disant qu'il l'a écrit. Ce petit mensonge aura des conséquences énormes! En effet, Marie lit le manuscrit et le trouve fantastique. Elle manifeste soudain de l'intérêt pour David, c'est pourquoi celui-ci ne lui avoue pas la vérité. Sans son accord, elle l'envoie à un éditeur, qui veut le publier. David est horrifié, mais ne réagit pas. Il devient alors un écrivain star, et vit une belle histoire avec Marie. Mais il vit dans la peur que quelqu'un le démasque. C'est alors qu'un vieil homme commence à le harceler.
Martin Suter, Lila, Lila. Christian Bourgeois, 2004, 372 p.
C'est le second Martin Suter que je lis, mais j'avais préféré Small World. David est un jeune homme sans personnalité, que j'avais tout au long de la lecture envie de secouer! Un personnage principal aussi mou, cela m'agace. Le cadre suisse me fait toujours plaisir, et l'atmosphère suisse allemande est très particulière est assez plaisante. L'histoire m'a bien plu quand même, l'effet boule de neige inéluctable est assez angoissant et on se demande vraiment comment ça va finir. Et je dois dire que la fin a tout rattrapé à mes yeux, je l'ai beaucoup appréciée... mais je n'en dirai rien bien sûr!
07:54 Publié dans Littérature germanophone | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suter, suisse, lila
08.10.2006
Anne Weber - Cendres & métaux
Anne Weber s'est installée, le temps de l'écriture de ce roman, dans une entreprise suisse de matériel dentaire basée dans la petite ville de Bienne. Ce qui en résulte est non pas une histoire clairement construite, mais une suite de pensées et d'observations sur le monde du travail, l'économie, la lutte des classes, la nature ou l'activité d'écrivaine.
Anne weber, Cendres & métaux. Seuil, 2006, 120 p.
Ce petit livre se lit rapidement et nous emmène dans les dédales des pensées biscornues d'une auteure postée en observatrice dans un monde finalement banal, celui d'une entreprise de taille moyenne. L'écriture est bien maîtrisée et l'originalité de ce roman fait qu'on s'accroche. Voici un extrait tiré de la page 21 :
"Je peux me transporter maintenant dans le Sud de la France et y regarder un homme qui, assis à une terrasse de café et buvant du pastis, laisse pendouiller son âme, comme disent les Allemands, bien que l'âme soit a priori, d'après ce qu'on en sait, peu encline à pendouiller. A vrai dire, il est aussi difficile de se la représenter en train de pendouiller que ne pendouillant point."
14:31 Publié dans Littérature francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : anne weber, travail, suisse
24.08.2006
Martin Suter - Small world
Agé de 65 ans, Conrad a vécu toute sa vie aux crochets de sa riche famille d'adoption, les Koch. Ayant été élevé avec le fils de la famille, il a fréquenté les mêmes écoles prestigieuses, joui des mêmes loisirs, mais il est toujours resté à l'écart de toute reconnaissance. A présent, Conrad plonge peu à peu dans la terrible maladie d'Alzheimer. Se croyant tout d'abord soulagée de ce poids encombrant, la doyenne de la famille Koch déchante vite lorsqu'elle comprend en quoi consiste cette maladie : le souffrant remonte dans ses souvenirs les plus enfouis... De quoi venir soulever de vieux secrets tus jusqu'alors...
Martin Suter, Small world. Points, 1998, 358 p.
J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman, pour diverses raisons :
-le suspense dû à la découverte progressive des vieux démons de cette illustre famille ;
-un roman suisse, ce qui est relativement rare, et comme je suis suisse;-)
-l'aspect médical : véritable étude de cas - vulgarisée - d'une maladie dont tout le monde parle mais dont je ne connaissais finalement pas grand-chose ;
-émotions : j'avais les larmes aux yeux par moments, très émue par le héros et ses souffrances.
22:30 Publié dans Littérature germanophone | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suisse, roman, martin suter, alzheimer, small world


